Vincent Di Sanzo

 

Vincent Di Sanzo a bien voulu nous confier ses méditations poétiques et nous l'en remercions sincèrement.
D’origine italienne, mais auvergnat d'adoption, il a créé sur le web un site très complet où cohabitent, ses nombreux poèmes, ceux d'invités ainsi qu'une anthologie de ses auteurs préférés ; en annexe un site intéressant dédié à la photographie numérique.
Il n’a pas succombé aux sirènes du modernisme ; bien au contraire, avec une tenacité louable, il se plaît à écrire dans la tradition romantique : bucolique, lyrique, intimiste, humaniste aussi, selon son inspiration.
Ses poèmes toutefois ne sont pas déploration élégiaque à l’image de Lamartine qui enflammait les âmes sensibles, par les accents de la passion, de la mélancolie et de la douleur dans l’isolement de l’être ; non, ici, tout est dans la joie du spectacle qu’il nous présente dans son imagerie, flirtant avec les touches subtiles de l’aquarelliste par le détail retenu de l’instant rêvé.

C’est une nuit d’été ; nuit dont les vastes ailes
Font jaillir dans l’azur des milliers d’étincelles ;
Qui, ravivant le ciel comme un miroir terni,
Permet à l’oeil charmé d’en sonder l’infini ;

(Lamartine : L’Infini dans les cieux,
Harmonies poétiques et religieuses)

 

 

 

 

 

La Forêt

 

 

 

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Je m’en allais seul le long de ce chemin herbeux
Promener mes songeries au détour d’un bosquet
Un vieux colombier montait la garde, ce bienheureux
Tandis que je glissais dans la vaste forêt.

Vivre avec toi, mausolée de ma tristesse
Dans le parfum âcre de vénérables sapins
Sombre confrérie qui m’entoure de sa hautesse
Sur un tapis de velours jonché de pommes de pin.

Monde jadis hanté par le loup et par le lynx
Je tremble comme cette feuille qu’impressionnent les mystères
Sonde l’épaisseur de ton abîme véritable sphinx
Sous ton regard qui me guette et ignore les frontières.

Les bruissements courent au gré de mes pas funèbres
Un scarabée noir marquant le terreau mouillé
S’enfonce un peu plus dans l’arcane des ténèbres
Jusqu’aux ronces qui refusent de me laisser passer.

Il n’est que l’arôme de la sève pour me guider
Vers ce charmant sous bois plein de fougères
Que perce l’aurore dans cette clairière illuminée
Où brûle l’or des genets sur la bruyère.

Extrait : Feux de paille

 

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Chez nous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


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         Aquarelle d'Alphonse Chavanne

             

 

Les routes sinueuses sont encombrées de feuilles mortes
Les oiseaux font la conversation aux chats qui s’en moquent
Le bocage ouvert annonce un village rieur
L’herbe verte est tachetée de robes d’un rouge crieur.

Les gens naissent et meurent à l’abri de solides bâtisses
Prennent le temps de vivre à l’ombre de tilleuls odorants
Vous parle en face sans baisser les paupières
Et vous accueille à la maison sans faire de manière.

La forêt de hêtres et de bouleaux respire le bonheur
Abrite en son sein des légendes à peine oubliées
Et ce sentier esseulé qui mène à une frêle cascade
Qui crépite et se fraie un chemin en toute liberté.

La silhouette d’un château ruiné sans histoire
S’agrippe péniblement à la pente ravinée
S’écroule un peu plus témoin d’une page de notre mémoire
Veille sur le passé et sur cette vie qui semble figée.

 

Extrait : Feux de paille

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L'écrin béant

 

 

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Le ramasseur de châtaignes pour une cueillette solitaire
Avance le long de la sente rougie par l’automne
En marge de gras pâturages séculaires
Jusqu'à l’arbre antique que l’on abandonne.

A ces pieds il scrute le manteau de feuilles mortes
La tête en avant interroge les nymphes confondues
L’oeil patient à la recherche des précieuses coques
Dans l’espoir d’y découvrir le fruit défendu.

La flagrance délicate de la terre remuée
La flamboyance du feuillage qui se métamorphose
Etourdissent notre homme qui se laisse chavirer
Se glisse parmi les mystères de la chose.

La main discrète recueille l’âme épineuse
Source de son transport pour ce geste attendrissant
La plonge momentanément dans la lumière radieuse
Et se détourne furtivement de l’écrin laissé béant.

Le regard fier posé sur sa besace pleine
Une dernière pensée amicale pour le vénérable bois
Car le ciel incendié par un crépuscule d’ébène
Signale déjà le retour sous le familier toit.

Le coeur réjoui du ramasseur comblé
En vue de ce doux bonheur ordinaire
Qu’offre l’arrière saison tant espérée
D’un temps oublieux chante ces veillées d’hier.

 

Extrait : Feux de paille

 

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Sourire

 


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De cette rencontre tant attendue mais si redoutée
Je ne garderais que ce tendre sourire renvoyé par ce miroir
Point de rencontre de nos regards esseulés
Et qui fit s'évanouir ma crainte et renaître mon espoir.

Merveilleux sourire clandestin et complice dans la nuit
Sa furtivité m'a rappelé la distance qui nous sépare
Mais sa puissance et son charme m'a, à nouveau, séduit
Et je tombe encore, terrassé par ton doux regard.

Quel plaisir de voir s'éveiller ce langoureux souvenir dans ma tête
Je ne savais que dire et n'eus à t'offrir que mon silence
Mais un seul regard a suffi à laisser nos voix muettes
Mes yeux ont trahi mon coeur et mon âme sans défaillance.

Le mystère de ce silence et de ce reflet n'était pas difficile à percer
Il aurait fallu peu de science pour nous confondre
Et il en a fallu de peu que je vienne à baiser
Cette bouche cruelle qui m'envoûte et qui laisse mon coeur se morfondre.

Je souris à cet adorable lapsus qui m' a fait méprendre amour et amitié
J'aurais voulu laisser m'emporter par ce coeur en émoi
Ce petit rayon a chauffé mon esprit agité
Mon coeur est heureux de ce plaisir chaleureux et reste sans voix.

Mais pourquoi, pourquoi m'as-tu laissé derrière toi ?

Extrait : Soir charmant

 

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Automne


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La fraîcheur de l'automne rend les regards insondables
Un seul de tes sourires chaud et délectable
A suffi pour réchauffer mon coeur engourdi
Les souvenirs flottent au ras de la mélancolie.

Le bruit de nos pas se dissipe dans le sable humide
Qui couvre ce chemin qui va et nous guide
Parfois sur un tapis de feuilles à regrets
Le temps file, qu'est devenu notre passé.

Insaisissable il glisse entre nos doigts
Voudrait-on l'arrêter qu'il nous nargue d'un air sournois
Qu'importe il sert à bâtir notre bonheur
Jour après jour, heure après heure.

Le soleil perce au gré des sapins
Rougit la terre qui borde notre chemin
Une année de plus, de peines et de joies
J'ai un peu moins froid, prends
-moi le bras.

Une année où j'ai fait le plein de tes sourires
De tes baisers, de tes caresses et de souvenirs
Grâce à toi, à ta gentillesse et à ton amour
Puissent nos coeurs battre ensemble pour toujours.

Dans la senteur délicate de cette forêt tranquille
A peine troublée par quelques promeneurs dociles
Tu marches à mes côtés au rythme de mes pas
Je dépose un baiser sur ta bouche exquise, ferme les yeux mon doux lilas.

Extrait : Poésies 2

 

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La nuit

 

 

 

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  Le déclin du jour exile les bruits vers l'inconnu

  Il étouffe les cris et les voix

  Seuls le soupir d'une légère brise et le bruissement

  des feuilles troublent ce silence subtil

  Un noir profond envahit le ciel et s'abat sur les maisons

  Les arbres, masses obscures, se détachent encore de l'horizon

  C'est alors que tu apparais, beauté divine, toute vêtue de blanc

  Tu t'engouffres dans cette insondable opacité

  Le murmure des ténèbres s'empare de ton corps

  Le monde des pensées n'est plus

  La solitude t'envahit, la sérénité pénètre ton esprit

  Un silence intérieur s'étend sur ton âme, silence des illusions,

  silence des désirs

  Dans un froissement de robe, tu émerges de l'obscurité

  oh frisson de la vie

  Vainqueur de cette énigme qu'est la nuit.

Vincent Di Sanzo

 

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Copyright © 1999- François Chavanne- Poésies et aquarelles.