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Marguerite Duportal |
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Poétesse des année 30, Marguerite Duportal est d'origine "Il va neiger dans quelques jours. Je me souviens ( Il va neiger- Francis Jammes 1898 ) Paru aux éditions Luyck :
Les Chrysalides Couronnée par le Cercle artistique et
littéraire de Gand
Extraits du " Prisme des heures "
Marguerite Duportal
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Droits au flanc du coteau dans le couchant qui sombre,Les Pâtres.
Les pâtres, qui jamais ne vivent dans la plaine,
Sauf dans les mois d'hiver où rentrent les troupeaux,
S'annoncent par un bruit de sonnailles lointaines
A l'heure où la nuit tombe et répand le repos.Sans hâte, dévalant les pentes gazonnées,
Les voici, par ce soir d'automne avertisseur,
Qui descendent, guidant la troupe ramenée,
Massif houleux, piqué de taches de rousseur.
Les taureaux vont rentrer près des bêtes
de somme
Et goûter l'abri chaud des étables de bois ;
Et les pâtres, pareillement aux autres hommes,
Au village habité vont demeurer trois mois.
Mais les parents, les surs, les
frères, les promises,
Ont une gêne obscure à se rapprocher d'eux :
Leur propre gravité vaguement dépayse
Les pâtres, descendus des sommets hasardeux.
Ils ont perdu le goût des paroles faciles,
Des gestes prompts, du rire et des propos bruyants ;
Et l'on ne voit passer sur leurs faces tranquilles
Que des éclairs sereins plutôt que souriants.
Leurs yeux ont ce bleu pur des sources, des
lavandes,
Et du ciel matinal de points blancs étoilé.
Leurs corps sont moins pesants, leurs âmes sont plus grandes
De tout le libre espace autour d'eux déroulé.
Leurs torses et leurs bras n'ont point pris
d'attitude
Contraire à la nature en quelque métier vil ;
Ils ont respiré l'air des hautes altitudes,
Marché, dormi, taillé le pain, forts et virils.
Car le pain était dur et la couche était
rude,
Et les nuits d'Août, parfois, versaient d'âpres fraîcheurs.
Pour compagne, ils avaient la vaste solitude,
Et la paix pour refuge aux troubles de leurs curs.
Ils ont nourri leur âme simple de silence,
Et cela les a faits sains, robustes et beaux.
Et l'on voit à leurs fronts reluire un rêve immense
Qu'ombrage le rebord de feutre des chapeaux.
Et c'est "cela " qui rend les
promises timides
Et met presque un respect au baiser des parents :
Les pâtres ont gardé de leur exil splendide
Comme un reflet divin dont ils sont ignorants.
Marguerite Duportal
Jour de pluie, en Octobre, à lzeaux.
Il pleut. Nulle tristesse égoïste n'entame
Le contentement pur et serein de mon âme.
Je regarde, paisible, et pas même ennuyé,
L'horizon s'assombrir à mon carreau rayé.
Du ciel gris, du ciel bas, l'eau tombe, fine et drue.
L'azur est loin... toute lumière est disparue...Je songe au laboureur, dont le front, soucieux
Se déride, et qui sent, divin bienfait des cieux,
Grâce aux torrents bénis rendant sa tâche aisée,
La terre s'amollir comme un cur d'épousée.Et moi, près d'un feu clair dans la cheminée ample,Sous la charrue au soc puissant.
Demain, elle s'ouvrira toute,
Et les bufs traceront la route
Au labeur sage et bienfaisant.
On verra les lents attelages
Mettre au loin dans le paysage
Leur ligne simple et leurs tons roux ;
Et les après-midi d'Octobre,
Tièdes sous un soleil plus sobre,
Rayonneront d'un charme doux.
L'automne, aux mains dispensatrices
De générosités propices,
Aura quelques derniers beaux jours
Pour l'oeuvre sainte des labours.
A deux pas du jardin que mon regard contemple,
Loin de la ville dense, ayant, dans ma maison,
Tout ce que de clarté peut donner la saison ;
A l'abri des fâcheux dont la cité fourmille,
L'esprit tout égayé par mon bois qui pétille,
Je m'allonge à loisir dans un bon vieux fauteuil.
Sous ma main, sur la table où je jette un coup d'il,
Sont mes silencieux et chers amis, les livres,
A qui je dois la force et la douceur de vivre.
Tout à l'heure, avec eux, la lampe s'allumant,
Je finirai ce jour délicieusement.
L'angélus tintera, dans la nuit calme et bonne,
Ses neufs coups, qu'un bouquet de sons légers couronne ;
Et, savourant des biens qui me coûtent si peu,
Mon être se fondra de gratitude en Dieu.Marguerire Duportal