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La crue

 

Je me souviens d'un grand vent noir dans le vallon,
Il poussait ses moutons gris à flanc de torrent,
En vagues transhumant vers de basses estives
Sous l'entrebâillement d'un ciel couleur de nuit.

Mais que tourne le souffle et revenait la lumière.

Je me souviens des éboulis d'ardoises émiettées
Qui descendaient vers la ravine aux rumeurs sourdes,
On s'enlisait dans la mouvance fêlée du schiste
Qui nous portait sans faillir jusqu'aux rives bléssées
Où l'orage du matin avait laissé les herbes lourdes.

J'ai vu des troncs chavirer sous les brisures de l'eau,
Entrechoquer leurs écorces éclatées dans une lutte à vie,
Se bousculant aux portillons gardés depuis des siècles
Par des roches lisses à l'immobilité de grès anciens,
Des fumées de résine volaient jusque sous les vernes
Les branches orphelines sautillaient à fleur d'eau
Et s'immergeaient comme prises d'une folle gaieté.

Les grands framboisiers, là, tout au bord des abysses
Tremblaient au rythme inattendu des cascatelles
Ils craignaient beaucoup pour leurs bijoux roses.

Ainsi font, font, font les marionnettes de l'écume
Portées par les bosselures de l'eau : elles perdent le fil...

En un clin d'oeil, une truite trace une courbe d'argent
Juste une petite signature au bas des champs d'honneur.

Est-il vrai, mes amis, qu'après l'orage revient le calme ?


François Rivals

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Copyright © 1999- François Chavanne- Poésies et aquarelles