
Le temps d'un fleuve
Ce jour-là, ce
matin-là,
Les deux branches du fleuve
Là-bas où s'ouvre le delta
Mouraient en piliers de fumée
Que la lumière nouvelle
Soulevait des marées basses.
Le drap blanc du gel
Tardait à se défroisser,
Et les barques au peu de vent
Glissaient sans mot dire
A l'écart des rives givrées
Guidant les courbes du fleuve.
Au-delà de l'eau noire
Les champs cristallisés
Portaient des herbes lourdes.
Dans le ciel d'une autre lumière
Indifférent au déclin des étoiles
Des oiseaux croisaient leurs cris,
On ne savait pas le nom
De ces grands becs inassouvis
Ni ce qu'ils disaient.
On les écoutait seulement
Dans le calme des roseaux
Brisés par les proues d'argent.
Le fleuve confondait ses eaux
Avec le silence des hommes
Au bout des longues gaffes.
Se pliant sur les manches polis
Ils filaient comme des couleuvres
Entre les herbiers clos
Le temps ne semblait plus d'ici
Mais l'avant et l'après déjà
Cernaient l'instant de l'utile.
C'est si peu la Vie.. et pourtant
Dans son minuscule cocon
Elle dure en se multipliant.
Les passagers du temps
Glissaient par miracle
Ignorant l'évanescence
Se suffisant à l'espace
Le fleuve en l'univers
Avait ses mystères...
Le Temps s'en remet
Aux arcanes de l'Eternité.
François Rivals
Copyright © 1999- François Chavanne- Poésies et aquarelles