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                                         Graine d'érable

 

Quand le vent commence à sauter d'arbre en arbre
C'est toute les frondaisons qui se mettent à frémir

Jusqu'au jardin où semble se déverser la mer
Tant la tramontane ronfle a la cime des pins

Revient le soir où s'effondre la lumière
L'air devient presque pesant quand au vent menu
Une graine d'ange s'évade de l'érable en dansant
Heureuse de retrouver la terre maternelle

Aussi légère qu'un enfant, les pieds nus dans l'herbe

C'est l'instant du signe perçu dans la pénombre
Qui rend incertains les flancs de notre maison
Fantôme d'un bâtiment aux multiples croisières
Chaque soir accroché à notre port nocturne

Là sous l'arbre muet reviennent les années
Où le miroir terni de ce monde à l'envers
Renvoie les chemins de la première lumière.
A travers les vitres closes où se brise la lune
On croyait même entendre de jeunes paroles 

Portées par le chuchotement des pipistrelles
Ou le souffle des martinets au ras des prés.

L'incohérence du vieillard n'affectait plus son âme
Seul demeurait l'enfant-roi trônant sous l'érable
La vie après n'apportait plus la joie naissante
Mais une barque chargée de regrets et d'espoirs
.

Ceux qui pensaient, les bras repliés sur le soir
Semblaient éveillés par la douce béatitude
D'harmonies indistinctes d'un piano séculaire
Q'une jeune fille frôlait les yeux levés au ciel

Celle qui voulait être plus légère que ses doigts
S'envolait avec les silences et les soupirs
Précédés d'arabesques en guise de collier
Rafraîchissant les ombres sous l'érable endormi.

C'est ainsi que certains soirs d'été
la vie prend son temps sous les arbres
Une mélodie simplement perdue
Recompte les heures de l'âge d'or.

François Rivals

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