Le chemin perdu
Enfin, je suis sur ce chemin vert
supposé,
entre la rumeur des feuillescelui des herbes qui ont plié
sous mes premières courses folles
allant chantant ma vie de rêve,
celui que je cherche et ne trouveJe crois suivre cette voie d'innocence
qui fut terreau de mon bonheur
vendangé sous mille lumières.
Mais quand frisent les branches
en chuchotant d'inquiètude
je crains que le vent n'ait tourné
et doute que la grande futaie
sous ses vastes jardins supendus
n'obscurcisse la mémoire
de ce chemin vert
qui mène ailleurs
où je ne sais plus...Au fur et à mesure que j'avance
les couleurs du ciel changent.
Et au dernier chant de la forêt
m'accueille cette lumière de l'aube
Je m'assieds là et regarde.A la lisière de l' incertitude
naît l'enfant solaire que je fus
guetté et rattrapé par l'ombre.Je bute contre une terre labourée
première porte ouverte à la clarté
avec au loin l'horizon miraculeuse
qui avait ébloui mes grands yeux.
La ronce ici ne pousse plus
Je peux tutoyer la terre, l'émietter
Alors je me pose la question :
Qu'a-t-il fait de mieux, le paysan,
avec sa terre ensemencée
qu'a-t-il fait de mieux qu'à l'origine ?
Des épis de blé qui encore verseront
à la première tempête de Juin
et mourront sous les brûlures de l'été ?
Et la forêt de ces mille oiseaux
entend-elle encore les cris du bouvier
les coups des cisailles de Septembre
dans les jeunes vignes du Seigneur ?Elle chante pourtant et toujours
les mêmes refrains intemporels
ceux de la beauté qui sauve le monde
ceux des chorals de Bach
ceux de l'éternelle espèrance
ceux de la joie de l'âme
ceux de l'enfance recomposée
sur un mode mineur...
L'enfance que je cherche
par l'esprit de la forêt
au bout du chemin vert
Jardins perdus
Fontaines oubliées
Seule une brève lueur
et sa pâle ombre d'or....François Rivals
Copyright © 1999-2000- François Chavanne- Poésies et aquarelles