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Océano nox


Dans la nuit désenchantée
le miroir des anges se brise
L'océan balayé d'incendies
roule des images de lune
que tout un peuple vert
déverse au fond des voûtes

Et les roches liquéfiées
Blanchissent de colère
Et le varech danse à perdre pied
Et les mousses gorgées d'écume
ressemblent à des colliers de lunes

C'est une imense symphonie
orchestrée dans les fosses
Où les violons gémissent
sous les coups des timbales
Où les harpes égrènent des triolets
portés par les dentelles de l'écume

Les cavaliers de la mer
en leur monture fragile
s'inquiètent de la terre
Eux qui se croient en enfer
louvoyant entre les flammes
jaillies des creux émèchés

Oubliés les papillons fleuris
Les jardins au silence léger
Les maisons qui chuchotent
Les fêtes qui montent au ciel
Les forêts raisonnables
qui archivent les ombres
au rayon des vies cachées

Océan, mille fois naufrageur
Ceux qui de la lande te respirent
craignent que tes caravanes de sel
ne rongent leurs puissants remparts !

Océan, mille fois géniteur
sans toi qui serions-nous ?
Alors pourquoi te craindre
pauvres de nous qui sommes
héritiers de tes eaux ?

                François Rivals

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