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Paroles de prisonnière

 

L'araignée tisse la toile de mes rêves
ceux d'un geôlier que j'aime
et qui m'a recluse il y a longtemps
tendrement cruellement

L'araignée tisse la toile de mes rêves
ceux de la mémoire cruelle
que je voudrais oublier
quand mon sang d'aujourd'hui
renie ses couleurs d'hier

L'araignée de mes rêves
tisse sa toile létale
une fine cage pour oiseaux
qui n'ont même plus d'ailes

L'araignée de velours
tisse son beau mensonge
cousu de fil blanc
me faisant croire en songes
que mon geôlier m'aimera

Chaque nuit se refait la toile
dans l'obcurité des lueurs

Au travers de la la soie tremblante
j'implore celui qui me garde
et qui tire l'angoisse des verrous

Dans mon huis-clos de silence
je n'ai qu'un souffle à dire
muettes restent mes lèvres

L'araignée de satin tisse
et tisse encore son piège
et je rêve d'amour
Je le crie pour lui
Je le crie pour moi
Si je le pouvais
je le crierais sur les toits

Je supplie celui qui ne dit rien
tournant et retournant ses clés de sang
Je le supplie pour lui pour moi
pour tous ceux qui aiment
ayant cru un jour être aimés

Vienne le jour
Vienne la nuit
où nos coeurs se mêleront
celui d'un beau roi nu
et le mien qui l'attend

L'amour est ainsi fait
pour le si peu qui reste
Prisonnière dans la toile
j'y dormirai un jour
avec celui que j'aime
sous l'oeil de l'araignée
vigilante Veuve Noire
portant le deuil heureux
de ses éphémères amoureux

Le temps de nos caresses elle oubliera
les harmonieuses vibrations de sa toile
elle s'immobilisera dans son coin
loin d'un amour qui se balancera
pour un oui pour un non
dans son hamac de veuve

Alors seulement
s'ouvrira la lumière
par le oui des clés d'or
du beau geôlier
qui me reviendra.

              François Rivals

 

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