Poème gris

 

Voyez amis ces grandes flaques de sang
Etalées là à vos pieds sur votre terre
Jaillies continûment d'une source intarissable
Celle de corps meurtris à perte de sève
Que boit la terre en son humus et ses cendres
Sang capté qui se perd en ses profondeurs

Il y a plus de morts en elle que dans vos caveaux
De morts oubliés dans les déserts barbares
La Terre boit sa rasade de sang jour et nuit
On pourrait penser qu'elle s'en enivre ?
Nenni elle tourne bien rond la terre
Cette petite marchande de quatre saisons
Qui fait la pluie et le beau temps
Qui neige pleut giboule et s'ensoleille
Et tourne sans perdre une goutte de sang
Avec ses oceans ses champs ses forêts

N'importe ! On lui dit qu'elle tourne mal
Mais elle dit qu'elle a toujours bien tourné
Que c'est la faute à Eros et Thanatos
Aux bruissements d'une nouvelle Babel
Que pour nous elle ne peut rien faire
Qu'il nous faut regarder le ciel tout là-haut
Ne plus s'éblouir des sanglots solaires
Qui brûlent les grands yeux de l'innocence

Ecouter dans les palmes les colombes qui jasent
Et disent qu'elles aimeraient bien voler en paix
Dans la rémanence bleutée des nuits cosmiques
Dans la joie multicolore d'un carnaval humain
Sortilège à l'oubli des massacres de Septembre

Le sang finira bien par rouiller
Et sècher sur l'écorce du monde
Par la grâce d'une fleur au fusil

François Rivals
25.09.01

 

 

poemegris.jpg (10191 octets)
Composition de F.C.

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