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A perte de souffle

 

C'est bien cette aube qui m'a bouleversé
Quand j'ai vu la rosée couler sur ses joues
Dessinant des pleins et des déliés
Qui s'ouvraient en ravines de lumière
Comme s'éclaire l'ombre des moraines
Gagnée par le premier feu du ciel.

Avait-il perçu cette araignée du matin
Pour qu'il paraisse si démuni
A perte de paroles loin des oasis
Privé de mirages à la limite des sables ?
C'est que déjà il pensait autrement
A distance de nous.
Rêvait-il d'un grand ciel nu
Lui qui longeait les rives de la nuit ?

Peut-être voulait-t-il nous dire
Sans nous le dire où errait son coeur ?
C'est si dur de passer inaperçu
Cette illusion de s'effacer
Sur la pointe des pieds
Quand on est perdu en plein réveil
Et que les verrous ne sont pas tirés.

Tout bas je lui disai dans l'inquiétude
Que les larmes nous servent un instant
Qu'elles coulent ou qu'elles sèchent
C'est ainsi que nous sommes nés
Pour rire et pour pleurer.

Entends-tu la poésie
Tendre et sereine
Qui du haut des dunes
Souffle ses multiples mots
Volées de connaissance
Qui nous apaisent
Nous expliquent
Que tout est beau
Même si ça ne l'est pas
Avec des phrases muettes
Exprimées en plein ciel ?

Soit,
Chuchota-t-il
Encore le souffle,
Et je n'en ai guère !
Demain fleurira le désert
Je gagnerai les oasis
Il y aura des jardins
Et des fontaines blanches
D'où jaillira la Parole
Que je saurai entendre
Avec un nouveau souffle

Et la rosée se tarira.

François Rivals

 

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