Toussaint
J'avance sans bruit, à pas perdus
Au milieu des chemins de croix.Enfin me voilà devant la dalle moussue
Gravée de légendes autrefois dorées.
J'imagine en bas mes chères âmes mortes
A l'étroit dans leurs barques souterraines
Condamnées sans appel aux rives basses.
J'imagine leur sang froid à jamais perdu
Qui a nourri l'arbre noueux de mes veines,
Et sur leurs fronts des fleurs séchées
Qui doivent lentement se dénouer
Comme leurs cheveux noyés dans l'argile.Pour vous, Marie, Liane, Pierre, Jean
Et les autres dont je n'ai plus souvenir,
Par le jour qui ne veut plus entrer
Dans les fentes ténues de vos noms,
C'est aujourd'hui la grande fête en-bas
Qu'amusés vous regardez d'En-Haut.
Je vous offre cependant ce bouquet
A vous qui n'avez plus d'anniversaire
Je le pose sur la dalle qui vous couvre
Sans entendre le moindre de vos mots.Le gravier compte mes pas juqu'au portail
L'if aux oiseaux murmure à cet instant
Des chants printaniers dans le ciel vide.
Le gravier semble avoir crié vingt fois,
Combien de temps encore me reste-t-il ?
François Rivals
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