Le vieillard parlait au nom de la pierreLe vieil homme et la pierre
- Vous qui avez de gros rires jaunes
A pleines dents ébrèchées et plus grises
Que celles de nos fières bêtes sauvages
Vous qui avez les yeux rouges de sang
Vous qui portez des armes moins blanches
Allez-vous encore répandre la misère
De ville en ville, d'une contrée à l'autre ?-
Les hommes s'esclaffèrent sous le
ciel bas
Et martelèrent la pierre de leurs armes
En poussant des cris de colère noire.
Le vieil homme leur dit :
- Arrêtez donc de tuer votre
mémoire,
Vous perdez votre esprit et votre coeur !
Que vont penser les humbles femmes
Qui vous ont faits les plus forts dans la chair
Pour protéger la Terre et qui l'habite ?-
Les hommes à l'écoute, un temps se
figèrent
Et l'un dit , la main pointée vers le ciel :
- Mais que nous chantes-tu là vieil
homme,
Ne te souviens-tu pas de Caïn de Nod
Assassin par une offrande faite à Dieu ?-
Le vieillard répondit :
- Oui je sais ce qui fut à l'est
d'Eden,
Et vous faites de même,
La voix du sang s'élève de nos pâtures,
Cessez donc de tuer le temps qui coule !
Que cette pierre frappée demeure blanche
Qui abrite toute vie antérieure,
Sans passé vous n'aurez plus de futur
Vous ne rirez plus au temps aboli !-
Les hommes écoutèrent ainsi ce
prophète
Grinçant de leurs dents grises, bouches bées
Ils partirent chacun avec un éclat de pierre
Le vieil homme pensait qu'ils
étaient sages
La pierre comme oreiller sous sa nuque blanche,
Il se mit à rêver d'un homme qui serait bon....
François Rivals
Copyright © 1999- François Chavanne-
Poésies et aquarelles