Nath

 

 

 

    Les poèmes de Nath se lisent comme la saga d'une vie multiple, entrecoupée de joies et de blessures. L’originalité est la force de cette voix qui martele, à chaque vers, l’echo d’une plainte, une poésie de l’infortune, en somme.
On remarque d'emblée les thèmes de l'évasion... la mer, les quais avec leurs escales incertaines, les exils vers on ne sait où, les bateaux ivres d'errance, les mouettes qui frôlent les vagues vers un hypothètique perchoir,les voiliers, les goèlands, les chaloupes à l'aube ( Epitaphe, Marines) ensuite celui du doute... illusion d’amours déchirés par les aléas de l’instant , insistance du vertige devant la mort, crainte de la page vierge où l'encre" à pas de lune, à cris de loup" devient livide, ce liquide encore employé comme matière à dire tout ce qui doit être révélé.
La syntaxe est superbe, servie par un choix de mots étonnants, propres à captiver le plus récalcitrant des lecteurs.
Des poèmes en forme d’alexandrins, des sonnets, des rimes riches ou pauvres, des vers libres, tout un mélange à faire rêver.
Nous sommes en présence d'une poètesse authentique qui sait manier l'expression nous révèlant à la vie, à sa vie, car au fond c'est bien de celà qu'il s'agit, une considération amère sur l'existence, une poèsie de l'infortune écrite dans la sincerité, à la manière des symbolistes.

Que les quelques poèmes, çi-dessous, vous invitent à ouvrir son nouveau site  " mot-à mot ".
On peut également la lire sur le site
:- le Carnet interdit-
http://perso.infonie.fr/isanou

 

 

 

 

 

 

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Aube blanche

 

Tes lèvres étaient trop bleues quand le jour est venu
Voler à l'insomnie ses dernières lumières
Et quand l'aube a blanchi de ton souffle rompu
Les veines sous ta peau dessinaient des rivières


Alors il a fallu préférer l'hôpital
Et puis s'en revenir et n'avoir que ces mots
Cet espoir du soleil de l'ombre et des étoiles
Que cette fois de plus ne soit pas fois de trop


J'ai oublié mes yeux contre ton front brûlant
Qui n'a pas voulu croire à nos bains de minuit
J'aimerais tant savoir prier d'où vient le vent
Savoir comment le ciel peut déchirer la nuit


C'est si peu d'être là devant ce téléphone
Et d'attendre une voix qui dira ton réveil
Comment vivre à cette heure où tous mes pas résonnent
En brisures de cendres au large du sommeil ?


Si je ferme les yeux c'est pour voir ton sourire
Et ton regard plus bleu que ce bleu suspendu
C'est pour te garder là dans un éclat de rire
A l'instant de partir tu ne souriais plus


Et je revois ton ventre inventer des trous d'air
Où ne le pouvait plus ta fragile poitrine
Et tes côtes tendues comme un drapeau de mer
Dessinent dans mon sang des neiges d'opaline


Le matin s'est levé d'un ciel à peurs ouvertes
Et ma main tremble encore à ramasser tes jouets
Trois peluches un hochet et ta jolie trompette
Echoués comme mes larmes au hasard du parquet

Nath

 




 

 

 

 

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Vivre

 

C'est si peu mon amour cette aube qui s'égare
A plier le sommeil en bateau de papier
Si peu le blanc du mur à hauteur de regard
Si peu le lit de fer une ombre à chaque pied


Sous le drap résigné j'attends le matin clair
Comme on s'éprend du jour J'attends que nous rassemble
Et nous dure ce temps qui veille sous la chair


Qu'à vivre s'en revienne et chante et nous ressemble
Une rive sans âge où transhumer ensemble
Le rêve des amants


C'est si peu mon amour cette heure en escarcelle
Et la houle des mots pour se tenir la main
Si peu la pluie des yeux la joue peau contre sel
Si peu le sang qui hurle à perte de demain


Mais déjà le soleil La brûlure s'efface
Et dans le creux des peurs c'est l'encre de tes cils
Qui d'un même sanglot m'exile et me préface


Et la nuit s'éternise et l'aurore vacille
Et l'habit me surplombe où se découd le fil
Des rires enlacés


Puisqu'aujourd'hui l'azur est à recommencer

Nath

 


 

 

 

 

 

 

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Epitaphe

 

 

Qu'en guise d'épitaphe on m'accorde ce chant
D'hirondelles éparses au matin des bruyères
Et qu'on me porte en terre ainsi qu'on offre au vent
L'écume et le limon d'une ultime colère


Qu'on ne verse surtout ni larme ni obole

Au regret au silence à la fatalité
Qu'en forme de linceul on tresse des paroles
Et qu'on m'y couche étreinte d'un grand champ de blés


Qu'on lise les poètes : ils sont mes nuits d'ivresse

Et mes aubes limpides et l'eau de mes soupirs
Qui saurait mieux qu'eux tous être cette tendresse
Cette ironie qui s'ouvre à l'instant de partir ?


Qu'on ne m'en veuille pas de délaisser l'automne

Qu'on ne m'en veuille pas d'abandonner l'hiver
Et si c'était pour rien déposez vos couronnes
Aux marbres silencieux qui dessinaient mes fers


L'aube sort ses chaloupes et si je suis du nombre

A naufrager l'espace à chavirer l'éclat
Je ne regrette rien de ce qui fut mon ombre
Me ferez-vous l'affront de regretter pour moi ?

Nath

 


 

 

 

 

 

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Fatiguée

 

 

Par quel temps de papier
Délier l'absurdité des jours ?


Je rêve d'un cri d'encre où bercer mes paupières

Un espace où border les pierres du matin
Je rêve d'un jardin de lèvres éoliennes


Mais le jour est trop peu

Qui nous fait ombre au jour
Et trop peu l'ignorance
Où je me tiens debout
La nuit dans une main
Le silence dans l'autre
Comme pour clore le soleil

Nath

 


 

 

 

 

 

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Ce sera toi

 

Ce sera toi.
L'oiseau-lyre de nos paroles
Aura démaquillé tous les épouvantails,
Et ce sera toi.


Après les pluies de l'aube et les sursauts du soir,
Après le poids des murs et l'ombre des fenêtres,
Après les grilles fauves aux courbures du jour,
Ce sera toi.
Et le bois mort n'existera plus qu'en présage du feu.
Et la pluie ne nous sera pluie qu'à redessiner l'arc-en-ciel.
Et les arbres pousseront à l'envers,
Avec des branches pour racines
Et des racines en plein soleil.


Ce sera toi
Comme une page blanche
Où faire poème de chaque mot.
Ce sera toi
Comme une incertitude
Où lire promesse au moindre geste.
Et dans chaque pierre du chemin qui saura le parfum des roses,
Et dans chaque paupière éclose,
Et dans chaque orée du matin,
Ce sera toi.


Un arc-en-ciel d'oiseaux vient d'ouvrir la fenêtre,
Et le feu coule en pluie dans le creux de ma main.
Du plus loin, du plus près d'hier et de demain,
C'est déjà toi.

Nath

 


 

 

 

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Tout

 

 

Rien que cette odeur du café
Quand le matin sommeille encore

La toute première gorgée
Du soleil aux portes du jour

Rien qu'un baiser sur une épaule
Dénudée de rires et de nuit

Nath

 


 

 

 

 

 

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Printemps

 

 

Belle heure du printemps qui creuse sous la ronce
Un gel à vendanger les cloches et leur glas
Belle heure du printemps qui d'un clin d'être fronce
En guise d'appétit la rose et le lilas


Mémoire dissolue d'une rosée qui vrille

Sourire à fleur d'hiver quand veillent les cactus
Dissidence de neige et premières jonquilles
Il fait un temps d'ailleurs au dardé des crocus


Quelle pluie comprendrait la tondeuse à gazon

Qui n'a d'autre raison qu'herbe toujours plus verte ?
A quel sein rendre l'arme et l'ombre et la saison
De n'être fleur qu'à cet exil à cette perte ?


La pervenche a crié le givre sans faner

C'est elle que je chante au revers des beaux jours
Sa couleur et le temps qu'elle offre à mes années
De déboire les mots en les aimant toujours


C'est elle que je fête aux bris de l'arc-en-ciel

Quand reviennent les cris de ne pas être toi
La tuile à l'arrachée qui se défie du ciel
Le souffle qui éventre ou rassemble le toit


Plus rien que cette esquive au bord de la fenêtre

Un geste qui s'attarde au défi de ma main
Plus rien que cette neige et le printemps peut-être :
Un jour
Il sera demain

Nath

 


 

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Dernier orgueil

 

 

C'est la peur,
Monsieur.
La grande baie vitriolée,
refermée sur la mer comme un ventre tendu.


Un coup trop tard,

un coup trop tôt,
c'est la mémoire du sommeil.


Le temps n'est jamais à ma place.

Nath

 


 

 

 

 

 

 

 

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Sable blanc

 

 

Tour à tour piétiné du pas des gladiateurs
Ou bercé de clameurs ou caressé du vent
Je suis le sable blanc son parfum sa sueur
Craie du temps qu'on effeuille en éponge de sang


Je suis le sable blanc de cette étrange arène
Où chaque instant la vie tresse lutte à la mort
J'en suis le moindre grain la petite sirène
J'en ai la rage au coeur j'en suis le cri du corps


Invisible témoin d'imperceptibles guerres
Je suis l'effritement des pierres de demain
J'en suis la solitude au hasard des poussières
Mais tout sera soleil jusqu'au bout des gradins


Je n'ai de certitude au combat qui se joue
Que cet éclat d'azur du vent qui me soulève
Juste cette illusion qu'un jour il fera nous
Et que la mort ne sera rien entre nos lèvres


C'est souvent je l'avoue qu'en silence je rêve
Une plage où mener ma vie de sable blanc
Un corail pour l'amour quelques mots sur la grève
Et la tempête irait ailleurs voir si le vent ...


Mais la tempête est là qui m'invente un sursis
Et j'en ferai de l'encre à éponger aussi
Car c'est avec ces mots que je poursuis ma vie
Sable blanc jusqu'au bout d'où me viendra la nuit

Nath

 


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Ailleurs

 

 

Il faudrait un espace au-delà de l'amour
Une parole vierge une main délivrée
Que nos lèvres retrouvent au revers du discours
La colère du vent la force du secret


Que tout puisse se dire et tout se pardonner
Que la folie s'exhibe aux rimes interdites
Que l'encre se confonde avec la liberté
L'orage apprivoisé l'horizon sans limites


Que jamais ne s'engluent nos regards nos idées
Que ton rire célèbre à jamais l'Anarchie
Que d'autres te rencontrent et viennent s'échouer
Comme moi sur tes lèvres et ce matin surpris


Que l'aube nous parvienne même dans très longtemps
Rebelle dissidente et jamais résolue
Que nos mains se souviennent et gardent cet instant
Comme un précieux vertige aux matins défendus


S'il suffisait d'un mot pour convaincre l'abîme
Je m'en irais tremblante aux sources de ta voix
Déjouer le soleil jusqu'à l'instant sublime
Où la nuit reviendra qui te ressemblera



Nath


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