Philippe Laurent

 

 


Philippe LAURENT a dû renoncer à sa passion : la photo.
Du photographe amateur, il a gardé l'instinct, l'intuition qui permet de saisir le mouvement dans l'instant, le goût du détail, ou du défaut  dans  la   perfection recherchée.
Il vogue dans les limites du noir et du blanc, de  l'ombre et de  la   lumière, de l'opaque et du transparent.
Il marche au bord des eaux, le long des sillons, contre les vitres embuées,d'un côté ou de l'autre, juste au bord.
Il écrit sur une petite tablette ondulée en suivant du bout des doigts ces lignes qu'il ne voit pas, concentré pour écrire presque d'un seul jet ce qu'il a en tête. Impossible pour lui de revenir en arrière, de se relire seul.
C'est pourquoi ses textes sont souvent  comme des  photos : des instantanés.

  Gillette Fleury

                             

 

" le poète, ce conservateur des infinis visages de la beauté "

                                       René Char ( Les Feuillets d'Hypnos )

 

  "Le monde est fait d'eau, de terre, d'air et de feu et la terre n'est pas ronde, mais a la forme d'un bol.
   C'est un sein du ciel : l'autre se dresse au milieu de la voie lactée."

                                                 Benjamin Péret ( Histoire naturelle )

 

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Craque le sel

 

 

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Illustration de l'auteur


Craque le sel
Et craque le gel
Craque la pellicule de glace
Sous le froid de l'hiver
Et craque la vase
Sous le chaud de l'été.
Ton visage à la beauté hautaine
Penché sur les sables d'or
Se ferme du cadenas
De la tristesse solitaire.
Elan de passion
Brutalement stoppée.
Le temps du gel
Et le temps de la fournaise
Passent sur ta peau
Qui se plisse et se craquelle
Et les fissures de la vase glauque
Retournent les bords du damier
Et ourlent chaque espace
D'une argile saline.
Tu disparais subtilement
Dans cette phase ultime
Où les quatre éléments se retrouvent
Pour mieux se marier
Pour mieux te marier
Et toujours craque le sel
Et toujours craque le gel
Et la roche des volcans
Et l'eau gelée
A la surface de l'étang.

Philippe Laurent

 

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Café


 

 

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Tu m'as invité ce matin-là
A venir m'asseoir
Sur le tabouret de bois
A l'angle de la table de la cuisine.
Tu avais des tas de choses à me dire,
Comme si je pouvais faire un tas
Des mots que tu me dis !
Le soleil martelait le plateau,
Et la ronde des miettes
Accompagnait les perles de lumière
Tournoyant dans les bols de porcelaine.
Alors, ils sont arrivés un à un,
Les uns sur la pointe des pieds,
Les autres trainant des galoches sonores,
Certains débonaires, d'autres encore
Retenant leur souffle, ou respirant à peine.

  Ils se sont écrits aux creux de mes mains,
  Ces mots que tu voulais tiens.

Philippe Laurent

 

 

 

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Lèvres


 

 

 

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Ses lèvres.

Son plus beau bijou .

Feu du sang qui coule dans une symétrie parfaite

Léger bruit d’eau d’une fontaine de mots.

Mais la gerçure est là,

Blessure verticale dans cette douceur,

Enervement de la langue

Qui cherche à la repousser

Comme la main le fait d’un insecte

Petit espace de fraîcheur

Sur le côté de ce coussin vif et chaud ,

Petite fente électrique et acide

Jouissance des contrastes,

Plaisir du défaut soulignant la pureté .

Philippe Laurent

 

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Larmes

 

 

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La couverture aimantée
Se craquelle et s’envole.
Les larmes dans le verre,
Pétillent et bruinent doucement
En débordant comme un champagne.
Les yeux dans la brume
Laissent filer des amours lointaines,
Délices inquiètes sur un passé
Qui tremble et s’enfonce lentement
Dans les fanges marines.
L’espérance du temps fait jaillir du verre
Une immensité étoilée.
Alors, tendrement, la Sphinge de l’âme
Renaît aux confins du désespoir.
Les larmes de sel aux commissures des lèvres
Sont des cristaux riches de parfums nouveaux
Qui crissent doucement aux pas de l’espace
Plein de saveurs à venir.

Philippe Laurent

 

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Grains

 

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  Nous ne saurons jamais

Le nombre de grains volés à l'épi.

La moisson n'engrange que leur poids.

Laissons éclater chacun sous nos dents.

Il monte comme une sève

Jusqu'au bout de nos doigts

Jusqu'au bout de notre danse.

    Et qu'importe les chaumes.......
.

Philippe Laurent

 

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Hiver

 

Sous l'épaisseur du ciel gelé
La plume arrachée à l'oiseau
Tombe en tremblant sur le cristal de l'étang
Et dessine un poème circulaire qui s'éloigne en mourant.

Sur le grillage de la clôture,
La neige s'accroche en lignes, alphabets fragiles,
Et mes mots embués viennent s' y geler,
Funambules sans poids, sans avenir et sans passé.

Dans l'air gris et glacial, vide de toute promesse
Les branches sont mortes au fil des saisons
Et leurs rameaux noircis par le gel
Ecrivent des sourates, que personne ne lira.

Hiver de papier et d'encre noir,
Solitude glacée dans un espace lunaire.

Le vermillon de ton baiser annonce déjà
    le feu de l'été.

Philippe Laurent

 

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