Silvaine Arabo

       

Silvaine Arabo fait partie de ces auteurs contemporains qui n'éffacent pas d'un trait de plume la mémoire des anciens, ceux qui nous ont donné le secret de l'écriture ; en témoignent tous les articles qu'elle nous a offerts dans Poésie d'hier et d'aujourd'hui.
Eclectique à souhait, elle passe des classiques aux modernes en faisant un détour par la poésie africaine, chinoise et japonaise, n'oubliant pas, pour finir, les enfants à qui elle réserve une place de choix.
Ses poèmes sont construits dans l'absolu du monde, celui du minéral,du fossile,du cosmique, de l'au-delà inconnu, qui suscite notre éveil à une réflexion metaphysique. Il faut lire en profondeur pour goûter la substantifique moelle du message qui la préoccupe.
Beaucoup d'amour, de foi, de sagesse, presqu' en symbiose avec les psaumes du Livre du même nom...

       Ils ont en eux cette immobilité de la pierre
     Des étoiles pour ligne de force
      L'aimantation jubilatoire

      Ils ont en eux ce sel ce peu de dépôt blanc
     De larmes qui ont sèché

Silvaine Arabo


  La Sagesse est plus mobile que tout mouvement :

Elle traverse, elle pénètre tout à cause de sa pureté;
  elle est un souffle de la puissance de Dieu.
     Bien qu'étant seule, elle peut tout.
      Restant en elle-même, elle renouvelle tout.

Livre de la Sagesse- Salomon

 

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L'Oiseau

 

 

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C'était un oiseau
Un bel oiseau
Un oiseau couleur de feu
Avec quelques plumes blanches

C'était un oiseau
Un bel oiseau
Un oiseau qui neigeait
Goutte à goutte sur le sol

Son sang vermeil .
C'était un oiseau
Un bel oiseau
Qu'on entendait le soir sur les terrasses

C'était un oiseau de mer
Un oiseau de flamme
Un écho des montagnes sauvages
Là-bas...

C'était...Et je voudrais ne pas m'en souvenir
C'était hier
Dans le claquement des fusils
Et le pas épais des hommes

A la lourde frappe .
C'était hier :
Un murmure affolé dans les oliveraies
Une fièvre qui courait sur le Guadalquivir

Un frisson pour dire la mort de l'oiseau
Ses soubresauts l'éternité de son chant,
La malédiction des gitanes en pleurs
Contre ces hommes bottés

Casqués de nuit.
C'était un oiseau
Un bel oiseau
Un rossignol

D'Andalousie.

On l'appelait :

Federico Garcia Lorca.

                            Silvaine Arabo

 

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Quatre poèmes

 

 

 

 

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                                 I

  L'eau s'échappait des pourrissoirs.Dans la rue, des gangrènes d'arbres
se suspendent à ma robe.J'espère en un lointain avenir.
   Ma mère morte ressemble à un Ange de Vinci.On dirait une jeune fille.
Comme si la mort avait le pouvoir de libérer la quintessence de l'être.
Une jeune fille ou un oiseau.Le poids d'un oiseau sur le drap.
   La camarde en moi longtemps sommeilla. A la fête des beaux garçons je
l'ai remisée au clou. Mon coeur est tanné comme le cuir des vieux marins.
C'est dans la ville qu'à tâtons les aveugles retrouvent leur chemin.Mon
imagerie  est pleine de roses :  d'Orient, de Hongrie, du désert ; on y
confectionne des parfums, vendus très cher.

             Même dans les foires.

  J'ai l'oeil qui témoigne d'une histoire personnelle, parfaitement
anonyme.Dans les ruelles du désir,j'interroge de vieux bonzes dont
le sourire énigmatique est la seule réponse: je me demande s'ils se
sont baignés dans le Gange,s'ils ont contemplé les fjords,là-bas,dans
une Norvège d'autrefois, avec ses aurores boréales,les plis de ses
déserts,et,tout au fond,la chapelle intérieure.

  Pauvre errance! Chat de gouttière sous la pluie,tu mimes encore tes
destins,et leur donnes ce Poli des ans, que n'a jamais renié Son Verbe.


                                                              Silvaine Arabo


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              II


Aura bleue d'un matin de septembre
Où des jeunes filles sans nombre
S'empressent vers la mer
Et ses colombes tournoyantes :
De blanches architectures
Des îles en cohorte où rêvent
Le Promeneur Solitaire
Et le ballet sans fin des mouettes...


                                              Silvaine Arabo


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                       III

Une enfantine erreur
Sape le destin gris des marées
La craie du désir a tout ravagé.
Une  comète - neigeuse exfoliance -

Ramone l'espace encore incertain
Des trains en partance,
zigzagant
Entre les intervalles bleus des sapins.

L'adieu s'estompe en d'amères saisons complices :

De pâles solitudes entre des portes qui grincent
sous les ponts
Des bras calmes
Des marins

L'ultime salut à l'Enfance...


                                     Silvaine Arabo



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                    IV


Un éperon surnage à la pointe immaculée
des seins
une ivresse sauvage et ravageuse,
pivoine éclatée des tensions adverses,

Pieux d'anges.

De longs canaux conduisaient à la mer
des rades de lumière -crue, bouleversante -
de lents souvenirs immergés, des banquises,
des matins rayés dans l'air vibrant des mouettes

Stries de la mémoire :
des plateaux des mouvances océanes
des nudités d'insectes
dans les soirs brouillés de l'automne

L'application sur son cahier d'écolier
nargue les palimpsestes sournois :
marées d'ombre
sur ce long soir sans fin

ni commencement.

                         Silvaine Arabo

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